Centre de la Vieille Charité

Centre de la Vieille Charité - Cour

Le 26/09/2021

De 11h00 à 12h30

gratuit
sur réservation

Intervenante·s

Cecilia D'Ercole
Porteur de projet

Cecilia D'Ercole

Histoire, archéologie

Portrait de Filippo Ronconi
Intervenant•e

Filippo Ronconi

Histoire médiévale (byzantine)

Portrait Éloi Ficquet
Intervenant•e

Éloi Ficquet

Histoire I Anthropologie

Cecilia D'Ercole
Intervenant•e

Cecilia D'Ercole

Histoire, archéologie

Si dans la mentalité contemporaine la vision négative du migrant semble largement prioritaire et donne lieu à des stéréotypes dangereusement efficaces, il en va très différemment dans les sociétés de la Méditerranée antique et médiévale, qu’elle soit grecque et romaine, phénicienne ou étrusque, byzantine ou proche-orientale. Cela se manifeste aussi bien sur le plan mythique que politique et idéologique et culturel. L’origine externe des fondateurs est souvent revendiquée comme un élément prestigieux : loin d’être des marginaux à peine tolérés voire rejetés dans les nouvelles terres, ces « migrants » illustres fondent -ou sont censés fonder- des dynasties, comme à Cyrène en Libye et comme à Rome elle-même. De son histoire, l’Urbs n’a connu qu’un seul mythe, celui de la fondation troyenne : or,  il s’agit justement d’un récit de fondation qui fait suite à une migration désespérée, celle d’une poignée de « migrants » issus de trois générations (le prince Énée, son fils et son père) en fuite d’un théâtre de guerre oriental. La plage décrite par Virgile, où les rescapés troyens se rassemblent dans la nuit avant de prendre la mer, semble préconiser tous les littoraux de la Méditerranée actuelle où les migrants se tassent dans l’attente d’un départ périlleux et parfois fatal.

Ce phénomène des fondateurs « venus d’ailleurs », qu’ils soient fictifs ou historiques, est particulièrement répandu dans le monde grec où, comme Marcel Détienne le rappelait avec force seulement les Athéniens et les Thébains se veulent « autochtones ». Partout ailleurs, que ce soit dans le Péloponnèse dorien ou dans les villes d’Asie Mineure issue da la migration ionienne, les fondateurs sont à l’origine des étrangers. C’est dire qu’un imaginaire de la migration se greffe sur la catégorie de la fondation, omniprésente dans les sociétés grecques et romaines. Elles peuvent éventuellement interagir avec des processus historiques : Marseille est un cas éclairant d’un phénomène historique accompagné d’un processus d’élaboration mythique. Notre table ronde propose de comparer cette élaboration mythique méditerranéenne avec les mythes du Proche Orient et de quelques royaume africains ; on peut ainsi évoquer les échanges mythologiques entre les royaumes de Saba et d'Israël comme récits de fondation de la royauté éthiopienne.

Les conséquences de ces mouvements et installations durables ont été très profondes et diversifiées, partout en Méditerranée. L’impact linguistique, les pratiques culturelles et cultuelles, les formes artistique, le projet même de la forme urbaine doivent beaucoup à ces phénomènes de circulation migratoire suivi par un enracinement stable dans les pays d’arrivée. Ainsi, encore à l’époque d’Auguste, Naples (Neapolis) est considérée comme une ville grecque, où l’on parle le grec et qui s’avère particulièrement accueillante pour les Grecs qui veulent fuir la vie chaotique de la capitale.

Il y a aussi un impact des phénomènes migratoires dans la construction de nouvelles hiérarchiques sociales et droits juridiques.. Dans la Marseille grecque, les magistratures les plus élevées étaient réservées à ceux qui pouvaient prouver d’être citoyens depuis trois générations ; des pratiques analogues se retrouvent à Apollonia (dans l’Albanie actuelle). On voit ainsi surgir un droit coutumier du « premier occupant » qui est conséquence directe d’une circulation migratoire.

 

Image : © DR

structures porteuses

Laboratoire ANHIMA - Anthropologie et Histoire des Mondes Antiques (CNRS/EHESS/EPHE, Université Paris 1-Panthéon Sorbonne)

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