Présentation

Barbara Cassin, chercheuse émérite au CNRS, est philosophe et philologue. Spécialiste de philosophie grecque, elle  travaille sur ce que peuvent les mots. 
Elle participe en 1969 au séminaire du Thor avec Martin Heidegger chez René Char, et réapprend le grec avec Jean Bollack et Heinz Wismann. Elle enseigne alors dans les endroits les plus divers, de l'hôpital de jour pour adolescents psychotiques aux universités étrangères prestigieuses, dirige le Centre Léon Robin de Recherches sur la pensée antique, accompagne le Collège international de philosophie, fonde la Revue des femmes philosophes de l'UNESCO, poursuit avec Alain Badiou la collection “L’Ordre philosophique” (Seuil), fonde avec lui la collection "Ouvertures" chez Fayard et préside aujourd'hui le Conseil scientifique du Campus Condorcet. Elle est élue en 2018 à l’Académie française et reçoit la médaille d'or du CNRS.
Elle joue toujours sur plusieurs tableaux, se servant d'une recherche spécialisée d'édition et d'interprétation de textes antiques (le Poème  de Parménide, le Traité du non-être de Gorgias, le livre Gamma de la Métaphysique d'Aristote) pour ouvrir un peu autrement le monde d'aujourd'hui. Elle travaille sur ce que la philosophie pose comme n'étant pas elle : sophistique, rhétorique, littérature (L’Effet sophistique, Gallimard, 1995), et met en rapport ce type de discursivité liée à la performance plus qu'à la vérité avec des inventions contemporaines comme la psychanalyse (Jacques le sophiste, Epel, 2012) ou la Commission Vérité et Réconciliation en Afrique du Sud (Quand dire, c'est vraiment faire, Fayard, 2018). Une revue de poésie murale, des poèmes jamais publiés, un recueil de nouvelles (Avec le plus petit et le plus inapparent des corps, Fayard, 2007, dont le titre reprend une phrase de Gorgias) : comment passe-t-on d'une pratique langagière à une autre, et en quoi sont-elles liées?
On philosophe en langues et non pas en concepts. Pour tenter d'éviter à l' Europe la double impasse du globish et du nationalisme, elle invente avec 150 chercheurs le Vocabulaire européen des philosophies, Dictionnaire des intraduisibles (2004, Seuil/Le Robert, 2eme ed. complétée 2019) : il s'appuie sur ces symptômes que sont les intraduisibles (non pas ce qu'on ne traduit pas, mais ce qu'on ne cesse pas de ne pas traduire) — et se trouve à son tour traduit, c'est-à-dire réinventé, en une dizaine de langues. Elle s'efforce de rendre sensible ce savoir-faire avec les différences qu'est la traduction dans l'exposition Après Babel, traduire (Mucem, 2016-2017; puis Les Routes de la traduction. Babel à Genève, Fondation Bodmer 2017-2018;  puis au Musée de l'immigration de Buenos Aires en 2021). Elle travaille aujourd'hui à faire exister des Maisons de la sagesse contemporaines, centrées autour de la traduction, et prépare une exposition sur Les objets migrateurs.
 

productions suggérées par l’intervenant

  • Éloge de la traduction. Compliquer l’universel (Fayard), 2016
  • Les Intraduisibles du patrimoine en Afrique subsaharienne, dir. avec D. Wozny (Démopolis), 2014